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Stupéfiants et dérives sectaires : la Datura

Attention à l'utilisation de la datura par les sectes...

Source : http://www.miviludes.gouv.fr/Rapport-2007-de-la-Miviludes
Date : 2007

 

Dans ses précédents rapports, en 2005 et 2006, la MIVILUDES avait attiré l'attention des pouvoirs publics et de la population sur les graves dangers liés à l'utilisation de substances dangereuses par certains groupes chamaniques ou issus de la mouvance New Age, et elle avait, à ce titre, expliqué comment l'usage qui était fait de l'ayahuasca puis de l'iboga s'inscrivait dans une logique de mise sous emprise des « patients » avec, dans la plupart des cas, une dérive sectaire caractérisée au sens des critères établis en 1995.

La consommation de ces plantes, qui produisent chez les consommateurs un effet hallucinogène, est loin d'être sans conséquences, tant sur le plan physique que psychique. Le docteur Armelle Guivier, dans sa thèse de médecine intitulée « Risque d'atteinte à l'intégrité physique encourus par les adeptes de sectes », écrit à propos de l'ayahuasca (page 164) 1:

«Dans ce contexte, la Commission nationale des stupéfiants et psychotropes a examiné les données actuelles et a conclu «l'ayahuasca possède des propriétés psycho-actives et un potentiel d'abus avéré». Chez l'animal des effets neurotoxiques et des effets somatiques importants ont été mis en évidence. Chez l'homme, sa toxicité consiste essentiellement en des effets hallucinogènes et une altération profonde de l'état de conscience assciés à des troubles digestifs (nausées, vomissement, diarrhée), neurovégétatifs (sudation, vertiges, tremblements) et cardiaques (tachycardie, HTA).
En outre, le docteur G.Pépin, pharmacologue et expert auprès des tribunaux français dénonce les dangers de l'ayahuasca : caractéristiques et effets secondaires similaires à ceux du LSD. Toutefois, la composante pharmacologique et les effets secondaires sont encore méconnus. Des décompensations psychiatriques définitives ou réversibles, des suicides (notamment celui de Marcu Lumby, étudiant en anthropologie à l'Université de Cambridge qui consommait lui-même ce breuvage dans le cadre d'une recherche sur le chamanisme péruvien), comas et décès ont été signalés ».

 

Le rapport 2005 de la MIVILUDES (page 49), abordait les concepts de néo-chamanisme, où la guérison physique de l'individu doit tout d'abord passer par une guérison spirituelle et serait favorisée par la consommation de ces produits. Le processus consistait souvent en une première accroche sous forme de stages offrant la possibilité de faire vivre un « voyage », puis c'était l'incitation ? obligation de participer à des sessions de développement personnel, et enfn la possibilité d'adhérer à une communauté fermée, pour devenir soi-même « chaman ». Ce cursus avait pour but inavoué de faire fructifier les revenus des dirigeants, puisque chaque étape était payante et que les nouveaux chamans devaient verser des royalties à leurs formateurs.

A côté de ces chamans New Age, d'autres mouvances dans lesquelles on trouve des psychothérapeutes auto-déclarés, des petites communautés rurales, mais aussi des structures beaucoup plus organisées, utilisent également les propriétés de ces plantes dans les techniques proposées à leurs « clients ». Leur but déclaré est « la re-découverte d'une harmonisation et d'une spiritualité naturelle ainsi que l'obtention d'une parfaite communion avec le règne des éléments naturels ».

Mais en fait, c'est surtout, pour les organisateurs, un véritable fonds de commerce très éloigné des intentions décrites dans leurs diverses publications ou sur leurs différents sites.

Les nombreux signalements reçus ont conduit la MIVILUDES à mettre en place des actions de formation et de prévention axées sur les dangers de dérives sectaires liées à l'emploi inconsidéré de ces substances :

  • formation des services spécialisés qui étaient très peu informés sur le fait que ces produits utilisés dans le cadre de rituels chamaniques étaient prohibés ou venaient de l'être ;

  • prévention auprès du public par la nouveauté ou l'effet de mode et totalement ignorant de la dangerosité de ces pratiques et des dérives sectaires susceptibles d'en découler.

L'ayahuasca est désormais classé au tableau des stupéfants (tableau B) par un arrêté paru dans le Journal offciel du mai 2005 2. L'iboga, déjà interdit au États-Unis depuis 1996, a été interdit en France par le ministère de la Santé, à la suite de la publication du rapport 2006 de la MIVILUDES .

 

L'alternative au classement de l'iboga et de l'ayahuasca

La très grande réactivité des services de l'État, a contraint les organisateurs de ce type de stages utilisant des produits désormais interdits, à renoncer à l'usage de ces substances et de leur dérivés, ce qui bien sûr est positif, mais ils ont su s'adapter à ce nouveau contexte législatif en recherchant des produits de substitution, peut-être moins exotiques mais tout aussi dangereux pour la santé des personnes.

Les propriétés hallucinogènes (parmi d'autres) d'une nouvelle plante sont maintenant utilisées : il s'agit du « datura » qui ne fait, pour l'instant, l'objet d'aucune législation précise.

Un véritable phénomène de mode entoure sa promotion, notamment via internet, et les personnes sensibles aux théories du chamanisme sont manifestement celles qui montrent le plus d'intérêt pour le datura, dont il n'est pas inutile de donner ci-après quelques caractéristiques.

La toxicologie du datura et des autres Solanaceae hallucinogènes (mandragore, jusquiame, belladone) a été particulièrement documentée dans un article de Jean-Pierre Goullé, Gilbert Pépin, Véronique Dumestre-Toulet et Christian Lacroix, paru dans les Annales de toxicologie analytique en 2004. (Goullé et al., 2004). Les éléments qui suivent sont essentiellement extraits de leur travail, auquel il faut se reporter pour de plus amples informations.

Le Datura stramonium L. est l'espèce indigène la plus courante. Il existe d'autres Solanaceae du genre Datura que l'on rencontre essentiellement dans les pays tropicaux ou qui sont cultivées comme ornementales (Datura inoxia Mill., Datura metel L., Datura ferox L., Datura fastuosa L.,…). Le genre Datura est actuellement réservé aux plantes herbacées, et on classe dans un genre nouveau, le genre Brugmansia, les Solanaceae arborescentes qui contiennent les mêmes constituants actifs que les datura. Ainsi, Datura arborea L., est devenu Brugmansia arborea (L.) Lagert. Peuvent aussi être citées : Brugmansia aurea Lagert, Brugmansia sanguinea D. Den ou encore Brugmansia suaveolens (Wild.) Bercht and C. Presl (synonyme ancien : Datura suaveolensWild.), qui pour ce dernier est signalé comme additif possible dans la potion d'ayahuasca comme nous le mentionnerons plus loin (Cf. paragraphe sur l'ayahuasca dans cette annexe).

Le Datura stramonium L. ou stramoine est une plante herbacée annuelle de cinquante centimètres à un mètre de haut, originaire d'Orient, qui pousse communément en France dans les décombres et les lieux incultes. On lui donne parfois le nom de pomme épineuse. Les feuilles sont grandes et dentées. Les fleurs en forme de trompette sont blanches. Elles donnent naissance au fruit non charnu, capsule verte, ovale et chargée d'aiguillons robustes. Le fruit renferme des graines noires à maturité, particulièrement riches en alcaloïdes (les graines sont blanchâtres-jaunâtres avant d'être à maturité, ce qui explique la différence faite par un usager entre graines noires et graines blanches).

Les principes actifs du Datura stramonium L. sont des alcaloïdes dérivés du tropane. Dans la plante fraîche, il s'agit de la scopolamine ou hyoscine, ester entre l'acide LΘtropique et la scopine (ou scopanol), et de l'hyoscyamine, ester entre l'acide LΘtropique et le tropanol. Au cours du séchage et de l'extraction, l'hyoscyamine lévogyre se racémise en grande partie en atropine dl (+/-), mais seul l'isomère lévogyre peut se fixer sur les récepteurs. Dans la stramoine, la teneur en alcaloïdes totaux oscille entre 0,2 % et 0,6 % de la plante sèche. L'hyoscyamine/atropine représente 67 % des alcaloïdes totaux et la scopolamine atteint 33 %.

La gravité du tableau clinique est très variable et dépend surtout de la quantité ingérée ; les formes graves sont déterminées par la présence de signes neurologiques parfois dangereux sur le plan vital. Le datura peut provoquer des intoxications sévères avec signes cardiaques et neurologiques. Il est considéré comme un « hallucinogène narcotique incapacitant ». La scopolamine notamment est responsable de perte de la volonté et d'amnésie antérétrograde. L'atropine, selon les doses, provoque agitation, hallucinations ou délire (on parle de « délire atropinique »). Outre l'état d'agitation intense produit par les hallucinations et convulsions, on note des troubles cardiaques, des dépressions respiratoires et des comas. La dose létale de datura survient à partir de dix à douze grammes de graines chez l'adulte. Cependant, les décès les plus souvent recensés du fait de l'absorption de datura sont plus souvent la conséquence d'actes inconsidérés dus aux troubles psychiques (risque suicidaire et surtout inconscience totale du danger : noyades, défenestrations…).

  • Description, histoire

De la famille des solanacées, le datura est une plante très commune en Europe, poussant dans les terrains non cultivés et souvent considéré comme une mauvaise herbe envahissante. Il est connu et utilisé depuis l'Antiquité.

Son usage est traditionnel dans certaines ethnies d'Amérique qui l'utilisent lors de rituels initiatiques ainsi que dans un breuvage, le « wysoccan », lors du rituel de passage à l'âge adulte. Il n'est pas surprenant, dès lors, que ses effets aient attiré l'attention des nouveaux apprentis sorciers à la recherche de substituts à leurs précédents produits, dans le cadre de l'organisation de rituels chamaniques et autres cérémonies qualifées par eux d'initiatiques.

Il n'est pas inutile de comparer la perception qu'ont les responsables de cette plante en France et chez quelques-uns de nos voisins européens.

En France

Plusieurs exemples de cas d'absorption de datura chez des jeunes sont traités actuellement par les services spécialisés, car même si le datura n'est pas classé au tableau B, son administration est prohibée et peut s'apparenter à un exercice illégal de la médecine.

Des adeptes de mouvements chamaniques parlent du datura sur leurs blogs et donnent de nombreux détails sur son mode d'administration, ses effets, et ils justifent son usage par l'histoire de cette plante et par son rôle dans « l'art sorcier » plus particulièrement en Bretagne.

Le recours à cette plante est également souvent évoqué dans des stages dits de méditation où il est systématiquement rappelé que le datura est utilisé par les chamans d'Amérique du sud au même titre que l'ayahuasca.

Il a été constaté que plusieurs groupes qui prônent un retour au culte de la nature (l'ancienne religion) font l'apologie du datura sur leurs sites et donnent même des détails précis sur le mode d'utilisation de cette plante. Là encore, la justifcation de l'utilisation du datura repose sur son très ancien usage, notamment dans le chamanisme amazonien.

La publicité faite à cette plante via le web, au travers de son usage rituel par de véritables chamans, est particulièrement dangereuse. En effet, la diffusion de l'ayahuasca et de l'iboga était relativement confdentielle parce qu'il n'était pas aisé de s'en procurer, alors que le datura est très facile à obtenir. C'est pourquoi, il est particulièrement irresponsable de diffuser sur le net des conseils d'utilisation de ce type de substance sous couvert de thèses chamaniques ou comme le fait la WICCA, au motif du retour aux croyances anciennes comme le druidisme, la mythologie grecque, latine etc.

Dans le reste de l'Europe

Dans le cadre de la rédaction du présent rapport, la MIVILUDES a recherché des éléments de comparaison sur le phénomène du datura dans les pays de l'Union européenne ainsi qu'en Suisse et aux États-Unis. Les résultats de ces recherches font apparaître que cette plante n'a fait l'objet d'études précises qu'au Royaume-Uni :

En Allemagne.

Le datura est classé dans la catégorie des drogues appelées biologiques (Biodrogen), l'usage illégal de cette plante, ainsi que de ses produits dérivés ou de ses principes actifs dévoyés comme produits stupéfants ; il est donc susceptible de poursuites pénales.

Au Danemark.

Le datura n'est pas classé au Danemark, la consommation de cette plante est connue pour provoquer un état d'esprit proche du delirium tremens, où l'individu n'est pas en mesure de faire la différence entre la réalité et ses hallucinations. Cet effet est causé par la présence d'hyoscyamine, de scopolamine et d'atropine.

Dans ce pays, le datura est souvent consommé en liaison avec de l'alcool. En termes cliniques, elle a un effet addictif, et elle peut masquer divers symptômes pathologiques, ce qui est dangereux lorsqu'un diagnostic médical s'impose.

La différence entre la dose tolérée et la dose létale paraît très diffcile à estimer.

Deux cas d'intoxication grave ont été portés à la connaissance des autorités danoises, et de nombreux sites internet danois donnent des idées d'utilisation variées du datura, notamment le site d'une « sorcière » auto-proclamée.

En Grèce.

Le datura ou « stramoine » est connu pour avoir été utilisé par Dioscoride 4 pour rendre ses oracles. Il n'est pas classé et ne fait l'objet d'aucune autre remarque particulière.

En Islande.

Le datura fait l'objet de deux textes de loi quant aux restrictions liées à son emploi, et aucun cas d'utilisation de cette plante n'a été signalé aux autorités de ce pays.

Aux Pays-Bas.

Le datura est interdit à la vente quand il est transformé et il a fait l'objet d'une mise en alerte des autorités sanitaires.

Au Royaume-Uni.

L'association « Inform » indique que le datura est connu pour être utilisé par des individus en quête d'expériences spirituelles sous la supervision d'un « mentor shaman ». Il est mentionné que l'imprévisibilité de cette drogue et de ses effets secondaires graves sont mis en exergue dans beaucoup d'expériences personnelles relatées sur internet 5.

Ses effets hallucinogènes sont considérés comme très dangereux et l'une des fgures les plus infuentes du néo-chamanisme dans les pays occidentaux refuserait d'en promouvoir l'utilisation lors des rituels chamaniques pour cette raison.

Il est également noté par les spécialistes d'Inform que la dose de datura requise pour avoir un effet hallucinogène est très proche de celle pouvant conduire à un aveuglement temporaire, à des palpitations cardiaques, à une perte de contrôle moteur mais aussi à des expériences hallucinogènes pouvant durer trois ou quatre jours, ainsi qu'au risque de mettre fn à ses jours de manière non intentionnelle. Toujours selon les spécialistes d'Inform, beaucoup de témoignages d'utilisateurs du datura mentionnent une expérience terrifante parfois qualifée de « démoniaque ».

Cette analyse précise enfn que l'utilisation du datura par certains praticiens du néo-chamanisme a été largement inspirée par les plus grands vulgarisateurs de ce mouvement tels que Carlos Castaneda (1925-1998) et Michael Harner, anciens anthropologues devenus chamans, qui ont étudié son utilisation sous la supervision de chamans de communautés tribales d'Amérique centrale et du sud.

Harner avait étudié en particulier la tribu « Jivaro » en Équateur et l'utilisation qu'elle faisait du datura, à la fois outil pédagogique pour les enfants, et ingrédient des cérémonies initiatiques, facilitant le diagnostic médical et la guérison, mais aussi inspirant des visions prophétiques.

Chez ce peuple, le datura est utilisé comme un moyen de discipline et d'emprise sociale.

Il est précisé par Inform, que M. Harner, fondateur de la FSS (The Foundation for shamanic studies) et ses «franchises», bien que très infuents dans la mouvance néo-chamane, ne promeuvent l'utilisation du datura dans aucune publication.

Les spécialistes du chamanisme considèrent au Royaume-Uni que le datura est beaucoup plus délicat à doser par les apprentis chamans que l'ayahuasca, et à ce titre, plus dangereux.

En Slovaquie.

Le datura fait l'objet de mentions sur de nombreux sites internet, mais des mises en garde en direction d'éventuels consommateurs sont également présentes sur le web. Il est répertorié comme principe actif de médicament, et n'est pas classé comme drogue illicite; un expert slovaque appartenant à l'Institut d'expertise criminelle de la police relève que la pression législative exercée sur le chanvre indien a incité certains toxicomanes à se ré-orienter vers le datura.

Ce dernier est également décrit comme entraînant à des inclinaisons au mysticisme et à l'occultisme, et comme moyen d'inspiration pour des groupes de hard rock ou de musique païenne, certains d'entre eux ayant repris le nom du datura dans la dénomination de leur groupe ou dans des titres de morceaux de musique.

En Suède.

La Suède indique par la voix de son organisation centrale de l'information sur l'alcool et les stupéfants que le datura est consommé en Suède en combinaison avec d'autres drogues. La plante se mange, se boit ou se fume, et elle est connue pour servir de drogue «du séducteur», car elle aurait un effet annihilateur du jugement et stimulerait le désir.

Le datura est également utilisé dans le cadre de certaines pratiques magiques, comme ingrédient intervenant dans le processus permettant de rendre les personnes «zombies», ce qui fait que la plante est également appelée « zombiegurka».

En Suisse.

Un décès a été constaté à la suite de la consommation de datura dit «trompette des anges», mais selon une estimation de l'Offce fédéral de la police suisse, le cercle des consommateurs serait très restreint en raison des effets puissants et imprévisibles de cette plante, qui inquiètent et dissuadent les utilisateurs potentiels.

Les propositions de la MIVILUDES

Le contexte chamanique et ses conséquences

Dans son rôle de prévention, la MIVILUDES a déjà, à plusieurs reprises, appelé l'attention sur les dangers de l'utilisation de plantes ou de substances diverses notamment lors de rituels liés à des pratiques spiritualistes, visant plus particulièrement, en matière de chamanisme, à «permettre le dialogue avec des créatures surnaturelles en vue d'en obtenir guérison, mieux-être etc... ».

M. Michel Perrin, ethnologue et membre du laboratoire d'anthropologie sociale du Collège de France 6, considère que ces produits toxiques ont un caractère structurant chez les Indiens, mais qu'en Europe ils sont destructeurs. En effet, après absorption sous diverses formes, l'individu est conduit dans un monde et des paysages qui seraient familiers à ces tribus, mais qui sont totalement inconnus et nouveaux pour les membres de nos sociétés industrielles. Dès lors, ce type de « voyage » peut avoir des conséquences dramatiques sur le plan psychologique, et l'étude de M. Perrin fait ressortir que dans leur pays d'origine, l'utilisation de ce type de drogue est parfaitement codifé, qu'il n'est autorisé qu'à quelques personnes choisies et bien défnies, ce qui n'a rien à voir avec le commerce ou les types de stages proposés en France ou dans le reste de l'Europe, ni même avec les stages organisés pour les Européens en vue d'une initiation et d'une consommation de ces produits dans les pays d'origine. Quel que soit le jugement porté sur ces substances, dans notre pays, positif ou négatif, il faut bien voir qu'elles obéissent essentiellement à un phénomène de mode, bien souvent basé sur la recherche d'un changement de personnalité, d'un changement d'état de conscience induit par leurs effets désinhibants en ce qui concerne les utilisateurs, et plus prosaïquement, par la recherche d'un proft matériel ou l'exercice d'une emprise pour ce qui est de leurs promoteurs.

Le chamanisme nord ou sud-amérindien, le chamanisme africain contribuent à la cohésion d'une communauté ou d'une tribu et ils s'appuient sur des rituels ancestraux parfaitement maîtrisés et qu'il n'appartient à personne de juger, faute d'être en mesure d'en appréhender toute la portée : modifer l'état de conscience par la musique, par la danse ou par l'utilisation de différentes plantes ou racines est une constante culturelle qui repose sur des savoirs transmis depuis la nuit des temps. Les apprentis sorciers ne sauraient s'en approprier l'usage sans en trahir profondément la nature et l'esprit, sans exposer leurs cobayes à de graves dangers.

Les motivations des chamans européens auto-proclamés sont donc bien éloignées de ces concepts. Leur capacité à s'adapter aux changements de la législation sur l'emploi de certaines plantes ou racines les conduit, pour sauver un commerce basé sur la «vente de bien-être personnalisé» avec un label chamanisme qui attire les clients, à recourir sans vergogne à des substances nouvelles dont ils ignorent les effets secondaires et pour lesquelles ils ne possèdent aucun antidote. Au surplus, ces personnes n'assument pas leurs responsabilités puisque les sites internet, qui jusqu'à l'année dernière présentaient l'ayahuasca ou l'iboga comme la nouvelle grande découverte dans le domaine des traitements proposés aux toxicomanes dans le cadre d'un sevrage, se gardent bien de mentionner le fait que ces substances sont désormais classées au tableau B des stupéfants...

Le chamanisme à « l'occidentale » mérite une vigilance particulière des pouvoirs publics, car il se développe sans cesse dans de nouvelles voies. Ainsi, certaines revues d'informations pratiques en «thérapies naturelles et en développe mentpersonnel» font état d'un concept nouveau : le chaman d'entreprise.

Ce concept présenté comme l'application de pratiques anciennes aux questions contemporaines du monde des affaires, est basé sur un principe assez simpliste : l'entreprise peut être comparée à une tribu ou à un peuple traditionnel (Mensuel Recto Verseau, n° 172, octobre 2006).

Mais ce n'est pas le seul sujet d'inquiétude, lié à ces techniques de connaissance de soi, car de plus en plus de « chamans » proposent maintenant un chamanisme personnalisé à domicile.

L'interdiction du datura : faut-il classer ce produit ?

Le classement du datura au tableau des stupéfants n'est pas évident à réaliser, notamment en raison de sa présence un peu partout en Europe. Cette mesure n'empêcherait pas l'apparition de nouvelles plantes dans les rituels chamaniques où l'on recense déjà ici et là, l'éphédrine, le volubilis, le bois de rose, l'absinthe, le marrube, etc. C'est pourquoi, plus qu'une interdiction, c'est la prévention par voie d'information, et de formations diligentées auprès des divers acteurs de la santé, des personnels de l'enseignement et des services de sécurité qui semble, en l'état, la plus à même d'enrayer de phénomène.

Conclusion

Le prosélytisme en faveur de ces substances exotiques, fondé sur le prétendu combat contre les addictions à certaines drogues, tel que le pratiquent les groupes néo-chamanistes, sous couvert de diverses associations anti-drogues, constitue en réalité une approche très redoutable de familles ou d'individus déjà très fragilisés.

Les liens entre la promotion de ces produits aux propriétés hallucinogènes ou stupéfantes et les groupes à caractères sectaires justifent une grande vigilance de la part des pouvoirs publics.

En effet, la manipulation mentale qui, à elle seule, est la cause de sérieux dégâts psychologiques peut être aggravée quand elle est couplée avec des substances administrées par des apprentis sorciers, sans aucun contrôle médical.

Des études, à conduire par les divers intervenants en la matière, sont aujourd'hui indispensables pour enrayer cette spirale et anticiper une évolution. L'engouement actuel pour ces produits et les sensations qu'ils sont susceptibles de procurer, laissent imaginer une progression dans les années à venir.


1 - Thèse consultable sur le site de la Miviludes : http://www.miviludes.gouv.fr/RISQUES-D-ATTEINTE -A-L-INTEGRITE

2 - Arrêté du 20 avril 2005 modifant l'arrêté du 22 février 1990 fxant la liste des substances classées comme stupéfants.

3 - Arrêté du 12 mars 2007 modifant l'arrêté du 22 février 1990 fxant la liste des substances classées comme stupéfants.

4 - Médecin grec, il a décrit et classé de nombreuses plantes médicinales, en indiquant leurs usages et leurs effets.

5 - Notamment sur le lien suivant : http://www.erowid.org/plants/datura/

6 - Il est notamment l'auteur de l'ouvrage : Le chemin des indiens morts, mythes et symboles Guajiro (Paris, Payot 197) .



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