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De plus en plus encadré, le phénomène des "rave" s'essouffle

Selon le Monde, les Sarkovals s'essoufflent...

Source : http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3224,50-1040850,0.html
Date : 03/05/2008

Dans la gadoue, autour d'une voiture, le groupe d'une dizaine de copains reprend des forces. La nuit a été épuisante : alcools, cigarettes, drogues et danses saccadées devant les énormes enceintes qui crachent de la musique techno. "C'est génial. On a pris un Scud (un maximum) de sons. On s'est lâchés", s'enthousiasme Julien, 24 ans, saisonnier dans l'hôtellerie et "teufeur" (fêtard) depuis dix ans. Le repos, lui, est très relatif. Quelques heures de sommeil dans le coffre d'une voiture ou sous une tente. Une bouteille d'alcool à la main, une cigarette au bec et, en arrière-plan sonore, le "boum-boum-boum-boum" surpuissant de la techno qui ne s'arrête pas pendant quatre jours, jusqu'à la clôture du Teknival prévue dimanche 4 mai.

Quelque 40 000 personnes, essentiellement des jeunes de 20 à 30 ans, devraient ainsi participer à ce festival organisé sur une ancienne base militaire de l'OTAN, à Crucey-Villages (Eure-et-Loir). Un événement spectaculaire mais qui masque les difficultés du mouvement techno : depuis l'époque des polémiques médiatiques sur les "rave parties", dans les années 2001 et 2002, le nombre de rassemblements a fortement diminué. Selon la gendarmerie nationale, 600 rave parties, souvent organisées dans des forêts ou des bâtiments désaffectés, avaient été "constatées" par les forces de l'ordre en 2001, avant l'entrée en vigueur de textes soumettant ces fêtes à l'autorisation préalable des préfectures.

"SARKOVAL"

En 2007, seulement 140 "raves" ont été constatées par les gendarmes. "Certaines fêtes passent à travers les mailles du filet et restent confidentielles. Mais il s'agit de celles qui rassemblent le moins de monde. Globalement, il y a eu un fort mouvement de baisse", souligne la gendarmerie. "On est arrivé à un nombre plancher d'amateurs de ce type d'activités. De 500 000 adeptes réguliers, en 2003, on peut estimer qu'on est passé à 300 000 environ aujourd'hui", note Lionel Pourtau, sociologue spécialisé sur ce sujet.

Les artistes expliquent cette diminution par la difficulté à obtenir des autorisations auprès des préfets. Avec une menace lourde en cas de "rave" sauvage puisque la justice peut décider la confiscation du matériel de sonorisation. Dans ce contexte, les Teknival, qui constituent les plus gros rassemblements, une ou deux fois par an, ont pris une importance capitale. "C'est le moment où les artistes présentent tout leur travail de l'année", explique Valère Rogissart, qui suit ces événements pour Médecin du monde depuis dix ans.

L'intérêt des Teknival, c'est qu'ils sont légaux, donc sans risque pour les "sound systems", ces collectifs qui installent la sonorisation. L'inconvénient, de leur point de vue, c'est qu'ils sont fortement encadrés par les pouvoir publics, inquiets face aux débordements (liés à l'usage de drogue, notamment). Pour le Teknival 2008, plus de 600 policiers et gendarmes et une centaine de secouristes assurent ainsi la sécurisation du site, survolé par un hélicoptère et entièrement clos par une barrière métallique de deux mètres de haut.

"C'est un encadrement obligatoire mais, pour beaucoup, cela va à l'encontre de l'esprit des "free parties" initiales, qui se déroulaient dans la nature, dans une logique d'autonomie", relève Sébastien Petit, fin connaisseur de la planète techno, militant d'une association de réduction des risques.

Face à ces contradictions, le mouvement techno hésite sur l'attitude à adopter. Les plus modérés tentent de poursuivre les négociations avec les pouvoirs publics pour obtenir plus de souplesse. Les plus radicaux estiment avoir été piégés par la réglementation. D'où leur tentative d'organiser, en Ardèche, un festival alternatif, non autorisé, en parallèle avec le Teknival 2008. "On est dans une situation de blocage avec l'Etat", se désole Alan, un des porte-parole de cette mouvance. Ironiquement, dans leurs rangs, on ne parle plus de Teknival mais de "Sarkoval" pour désigner la "rave" officielle.



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