Le marché des substituts nicotiniques, en France, a atteint 94 millions d'euros en 2008 (chiffres Nielsen), soit une baisse de 4 % par rapport à 2007. Quatre acteurs se partagent ce marché. Par ordre d'importance, ce sont Johnson & Johnson, qui a racheté les marques auparavant détenues par Pfizer (35 % du marché en valeur), le français Pierre Fabre (29 %), l'anglais GlaxoSmithKline (21 %) et le suisse Novartis (14 %).
On trouve plusieurs produits sur le marché : les patchs que l'on colle sur la peau, les gommes à mâcher et les comprimés. Les ventes de patchs, utilisés le plus souvent en vue d'un sevrage rapide, sont en baisse de 25 % en 2008 par rapport à 2007. Selon le docteur Etienne André, conseiller en santé publique du laboratoire Pierre Fabre, ces produits sont particulièrement sensibles aux politiques antitabac. "A chaque incitation psychologique, à chaque hausse de prix, ces produits bénéficient d'un regain d'intérêt du public", explique-t-il. L'interdiction de fumer dans les restaurants et débits de boisson, anticipée par tous depuis longtemps, n'a pas eu d'effet sur les ventes de patchs. Les laboratoires Pierre Fabre sont leaders sur ce marché. Pour Anne Mallet, chef de produits chez GSK Santé Grand Public, le déclin des patchs est en réalité "structurel". L'arrivée de médicaments de prescription, comme le Zyban en 2001 (GSK), puis le Champix (Chantix de Pfizer), a porté un coup d'arrêt aux patchs. Les personnes vraiment résolues à arrêter de fumer vont voir leur médecin et se font prescrire généralement le médicament du laboratoire Pfizer. Les autres, fumeurs indécis, préoccupés de réduire leur consommation plutôt que de souffrir d'un arrêt brutal, se portent vers des produits oraux de substitution. "Les gommes à mâcher ou les comprimés permettent plus de souplesse dans la volonté d'arrêter de fumer", explique Mme Mallet. Les ventes de comprimés (13 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2008) augmentent de 12 %, ainsi que celles de pastilles (6 millions d'euros), en hausse de 1 %. En revanche, les gommes à mâcher (30 millions d'euros) sont stables, avec une baisse légère de 3 % du chiffre d'affaires global. Comprimés et gommes à mâcher semblent en réalité être devenus des outils au service des fumeurs qui souhaitent continuer à fumer. Ces substituts à la cigarette compensent le manque quand l'envie surgit dans des lieux interdits comme le bureau, au restaurant après un déjeuner ou lors d'un voyage en avion. Les comprimés, patchs et gommes à mâcher font partie de l'automédication mais ne sont pas - sauf exception - en libre accès. En raison de leur prix élevé, les pharmaciens craignent en effet que les fumeurs ne les volent.
Yves Mamou Article paru dans l'édition du 23.01.09